lundi, avril 24, 2006

Transes verbales

Jean-Louis Costes est un sorcier. Dans son dernier roman, Grand Père, il martèle le lecteur de ses rythmes répétitifs. S'il le veut bien, ce dernier décollera dans l'ivresse de la transe. Certains intellectuels refuseront de se laisser porter par le maître de cérémonie. Et se réfugieront dans un pompeux « c'est pas de la littérature, c'est de la merde ». Comme l'occidental qui, il n'y a pas si longtemps, regardait l'art nègre avec condescendance. Des puristes diront que le rythme n'est pas juste, qu'il sonne faux. Comme l'homme à l'oreille formatée, quand il découvre la musique bruitiste. Mais parler d'un roman sans parler de l'histoire qu'il raconte, c'est con. Voici donc l'histoire. Le narrateur est un enfant qui passe ses week-ends chez ses grand-parents. Son grand-père, un arménien alcoolique, le dégoûte. Il en a honte. Pour se valoriser, il lui invente un passé de guerrier glorieux sanguinaire. On est alors transporté dans la guerre Russe de 1917. Dans des massacres atroces où ce Grand Père sévit sans dieu ni maître. Il vit comme les loups, comme un prédateur dans la plaine. Puis, après des années de massacres, il arrive en France. Il se marie avec la grand-mère du narrateur. Il est engagé comme légionnaire. Il repart alors pour dix ans de combats dans la guerre du Rif au Maroc. De retour en France, il retrouve sa femme qu’il a l’habitude de tabasser. Il passe son temps à picoler. Un jour, il l’a surprend avec un autre et massacre l’amant. Il se retrouve alors dans l’enfer vert du bagne de la Guyane. Pour s’échapper et revenir en France quelques années plus tard… On voyage de massacres en massacres. Costes n'oublie pas de faire rire. Il est capable de rire de tout et donc d'alléger toutes les souffrances. L'art de Costes est thérapeutique. Costes est un sorcier. Et je pourrais continuer ce post à l'infini, je retomberais périodiquement sur cette assertion.