mercredi, mai 13, 2009

Texte "Canapés seuls" publié dans Dissonances

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Le numéro 16 de la revue Dissonances est consacré au thème de l'insurrection. Dedans y a un texte de moi, "Canapés seuls".

mardi, mai 05, 2009

Jardin d'Eden





















A cette époque, je lisais Thoreau et fantasmais sur la nature sauvage. J'étais plutôt du genre à admirer ébahie les papillons pendant que le membre turgescent de mon amant semblait vouloir rivaliser avec les branches des arbres. Puis, un autre m'a guidée dans la forêt. La grande. De retour, loin d'elle, je n'ai cessé depuis de rêver de ses méandres, de ses fauves, de ses chutes, de ses fruits. Combien de fois ne m'y suis-je égarée en dormant ? Sur un radeau, j'ai parcouru ses fleuves. J'ai craint ses fièvres, ses insectes venimeux. J'ai croisé ses créatures hybrides, ses lions, ses monstres mi-hommes mi-démons rencontrés naguère aussi par les explorateurs et répertoriés sur des cartes où seuls les cours d'eau sont connus.
Aujourd'hui encore, je m'éprends des orchidées. Je sème des astromères, des ipomées, des campanules. Pendant ce temps-là, Adam mate mon cul.

mardi, avril 28, 2009

Ode au travail

T'es ici pour bosser. Pour te faire chier dans un bureau. T'es ici pour bosser. Pour sourire au chefaillon. T'es ici pour bosser. Pour t'bousiller les yeux sur l'écran. T'es ici pour stresser. Pour faire du chiffre, y'a pas l'choix. T'es ici pour bosser. Qu'est-ce que tu voudrais faire d'autre ? De la poésie ? T'es ici pour bosser, pas jouer, t'amuser, divaguer. T'es ici pour mater le chef se la péter, sans broncher.

lundi, avril 13, 2009

Un garçon nommé Samuel

Aussi loin que je me rappelle, j'ai toujours aimé le cul. Je devais avoir six ans quand un garçon nommé Samuel nous invita, une copine et moi, à visiter le fond de son jardin. Là, se trouvait un portique. Naïves, nous nous attendions à entamer une séance de balançoire, la jupe s'envolant à chaque fois qu'il nous pousserait. En réalité, le bougre nous destinait à un autre projet. Il déboutonna sa braguette et sortit ses couilles bombées de son slip : "regardez, moi, ce que je fais". Il agrippa un poteau pour se hisser, les jambes fermement enlacées autour de la barre, en prenant soin, à chaque élévation, de bien appuyer les parties dénudées contre le métal froid. Pour la première fois, je découvrais que les garçons, eux aussi, aimaient appuyer sur leur sexe. Une fois qu'il eût effectué un aller-retour, il nous proposa : "c'est à votre tour maintenant". Moi, je me voyais bien enserrer le poteau le plus fort possible avec mes cuisses, pour y appliquer énergiquement ma zézette. Ma copine a trouvé ça débile. Elle est partie. Je l'ai suivie. A cet âge-là, on est particulièrement grégaire. Mais je garde toujours ce souvenir de Samuel, icône d'une certaine audace masculine.

vendredi, avril 03, 2009

Lâche-moi Romain

7 juillet 2008
Retour du Chili sans le nabot. Appart en vrac : dégât des eaux, serrure forcée par les flics, fenêtre cassée par les pompiers.

15 juillet 2008
Philippe Val licencie Siné. Je teste un logiciel libre de mise en page. De la merde.

01 août 2008
Deux demandes de permis miniers sont accordées dans la région de Saül.

06 août 2008
J'en parle à Jean-Louis.

18 août 2008
Je mets en ligne un texte de mon roman, inspiré de Sébastien et des conneries écrites sur lui par Lisa Carver.

28 août 2008
Location d'une voiture à l'arrache. Arrivée in extrémis chez le notaire. Nous sommes quatre à être propriétaires d'un bout de campagne.

30 août 2008
Mise en page de mon roman. Bières au bord de la Seine. Vélo bourrée. Je m'écrase contre une connerie de rambarde.

11 septembre 2008
Je cherche un pro sachant générer les fichiers finaux pour l'imprimeur.

22 septembre 2008
Publication du début de mon roman sur mon blog. Ce n'est pas l'histoire d'un suicide collectif. Bloggie me demande s'il y aura une soirée de lancement. Je n'y ai pas pensé un instant. Alors je réponds non. J'envoie des mails à quelques sites pour annoncer la sortie prochaine mais tout le monde s'en fout.

27 septembre 2008
Bertrand m'a retrouvée à cause de mon vrai nom dans Interlope, associé à l'adresse de mon blog. Il s'est reconnu et il est furieux. Déjà, il y avait l'autre taré des cours d'arts martiaux qui me lâchait plus. J'avais pourtant demandé à Vérol de virer mon nom mais il m'a dit que c'était compliqué.

30 septembre 2008
Je sors des tonnes de terres de la grange, avec une pelle et une brouette. J'apprends à piocher aussi.

11 octobre 2008
Profond ennui au boulot. L'obèse me rappelle pas. Normal, le nabot c'est son copain et moi je cherche vraiment la merde.

27 octobre 2008
Un crétin a écrit un article de merde sur Les singes.

28 octobre 2008
Je continue à envoyer des communiqués de presse à des sites Internet. Tout le monde s'en fout. Je suis nulle pour la promo. J'ai aucun sens du relationnel.

1er novembre 2008
Sébastien a lu mon roman : il veut vendre sa part de campagne.

11 novembre 2008
La glace fond quand nous plantons des arbres.

1er décembre 2008
Je poursuis ma promo sauvage sur myspace. Elise me reproche de ne pas avoir organisé une fête pour la sortie des Singes. Je sais qu'en fait, elle s'en fout de mon roman. Elle veut juste voir son ex amant, mon copain Stéphane.

22 décembre 2008
Le taré des cours d'arts martiaux s'est procuré mon roman. Il veut une dédicace.

25 décembre 2008
Ma mère a encore réussi à inviter une femme malheureuse pour fêter Noël avec nous. Je fais des insomnies depuis quelques jours.

31 décembre 2008
J'ai le foie en vrac. Impossible de me bourrer la gueule correctement. La fille invitée par Florence me fait penser à ma mère. Vincent s'enfile une bouteille entière de Vodka, excepté un verre qu'il planque dans le frigo. A minuit, nous rejoignons la rue de la soif. Un fou veut casser la gueule de Vincent. Poursuite des insomnies.

24 janvier 2009
Un gâteau russe au fromage blanc s'éclate sur le comptoir d'un bar parisien. Toujours des insomnies.

31 janvier 2009
Les anarchistes ont manifesté à propos de Tarnac. J'y suis pas allée. Personne m'a invitée. J'envoie chier les mecs avec lesquels je chatte.

16 février 2009
L'un d'eux menace de me maritrintigner. Je publie un texte sado-maso sur mon blog. Il laisse un commentaire genre je m'excuse. J'arrive toujours pas à dormir. J'ai envie de pleurer. Mais j'y arrive pas. J'arrive même plus à me masturber. Je retourne sur Internet et je chatte à nouveau avec le mec violant. On se relance dans un truc de cul comme si on baisait pour de vrai.

03 mars 2009
Incapable de prendre aucune décision. Internet prend de plus en plus de place. J'y passe des soirées entières. Je n'ai plus que ça.

11 mars 2009
Je croise un faux acteur de porno qui m'a ronflé dans les oreilles il y a quelques mois. Le discours de ce connard est truffé d'allusions au cul. Ce crétin doit croire que ça m'excite.

16 mars 2009
Je continue à publier des extraits de mon roman sur mon blog. J'arrive plus à écrire. Pour la première fois j'ai des angoisses de pages planches. Je me raccroche à un vague projet de texte pour le proposer à une revue que j'ai jamais lue. Histoire de dire que j'écris encore.

23 mars 2009
Romain réapparaît. Blah blah blah sur le roman. Prétexte pour prendre mon nouveau numéro de téléphone. Je suis fatiguée. J'ai envie de lui dire : "tu sais, j'étais amie avec ton ex, je sais que tu bandes pas".

vendredi, mars 27, 2009

Les singes enchanteurs (cadeau bonus)

Pierre est rassuré. Comme si Judith, Lisa et moi avions senti qu'il était en danger, nous avons toutes pris contact avec lui durant cet après-midi. Ça le soulage. Il se sent entouré. Il ne boit jamais, mais il se bourre la gueule radicalement environ une fois par an en avalant une bouteille de Gin. Une sorte d'hommage à son frère mort d'une overdose d'alcool. Il exécute ce rituel tout en sachant qu'il fleurte avec le suicide. Un jour, en jouant à ce petit jeu-là, il a failli se jeter dans le canal. Il a été sauvé par la présence de son chat qui, bizarrement, le suivait partout, contrairement à son habitude.

Aujourd'hui, pendant sa cuite, il a tourné un court-métrage. Il a revêtu un costume de G.I., a installé un dispositif où des images du 11 septembre défilaient en boucle. Il dégueulait en se les mâtant, tout en se laissant aller à des improvisations verbales. Sur le mur il a écrit avec de la fausse merde : "Le virus Hezbollah". Il a aussi pissé dans une casserole.

Quand j'entre chez lui, Judith est déjà passée. Elle s'est chargée du nettoyage : Pierre était vautré dans son vomis et ne pouvait plus bouger. Maintenant il reprend du poil de la bête. Nous sommes contents de nous retrouver. Nous savons qu'il vient de vivre une grande aventure dont il est revenu sain et sauf.

lundi, mars 16, 2009

Les singes enchanteurs (extrait - 4)

« Allô ? C’est moi. Tu veux venir chez moi ce soir ?
- Non, je peux pas. Je prépare mon procès. Mon avocat n’a encore rien foutu. En plus, il comprend toujours rien à Internet. J’ai essayé de trouver d’autres témoins. Figure-toi, c’est complètement dingue, qu’on n’a pas le droit de citer deux fois les mêmes témoins. Il y avait ce con de journaliste qu’était d’accord jusqu’ici, celui qu’a fait un bouquin sur les sexualités déviantes. Et aujourd’hui, au dernier moment, il m’envoie un mail. Attends, écoute bien ce qu’il dit. « Mes liens avec la communauté juive ne me permettent pas de témoigner en votre faveur à votre procès. » T’y crois, toi ? Qu’est que ça veut dire « mes liens avec la communauté juive » ? Il a une femme juive ? Et alors ? Jusqu’ici, il m’avait toujours dit oui. Et là, au dernier moment, il me plante, ce salaud. À croire que c’est fait exprès, que c’est du sabotage. Pour les problèmes techniques, c’est toujours pareil. J’ai obtenu le témoignage par écrit d’un expert qui explique ce que c’est que la publication en ligne. Mon avocat et son assistante sont des gros branques en nouvelles technologies. Ils n’ont même pas de mail. Quand je pense au prix que je paye à chaque fois, et en liquide en plus. C’est vraiment des escrocs. Ah, oui, il y a ça aussi : il faut que j’aille chercher sept mille euros chez mes parents. Mais je ferai ça quand j’aurai terminé de rédiger les conclusions. Tu te rends compte, c’est moi qui rédige tout tellement ils comprennent rien. Eux, ils se contentent d’enrober le tout de convenances juridiques à la con.
- Tu pourrais pas te passer d’eux ?
- Non, quand même pas. Y a tout l’aspect liberté de la presse. Lui c’est quand même un expert dans le domaine. Mais il fout rien. Il se repose sur ce droit qu’il connaît du bout des doigts. Pour le reste il ne cherche pas à en savoir plus.
- Bon, bah je te laisse alors.
- Ah tiens, écoute ça avant de raccrocher. C’est un mail que j’ai reçu :
"Écoutes espèce de faux rappeur d’origine arménienne fachiste. Je trouve que tout ce que tu fait est de la merde, tu écrit des insultes à propos des cailleras mais tu n’est même pas capable de le dire en face d’eux. J’en conclue donc que tu es un fachiste lâche avec des panchants homosexuels et pédophiles. En plus tu a vraiment une sale gueule, tu devrais te faire viôler par ton père, et ta mère te mettrait ses roulots à tarte dans le cul afin que tu ancaisses mieux les coups de queue de ton père et de ton grand-père le puan. Après ton enfance maleureuse, tu as passé une adolescence soliterre. Tu devais être le petit bouffon boutoneux qui se tape des queues devant son écrant d’ordinateur. Et les gens comme toi qui n’on plus de repère, mon pauvre, se lancent dans le racisme." »